9/8/2016

Site de la villa Gallo-romaine de Moulon

(lieu-dit La Mare Champtier)

 

Entité Archéologique n° 91 272 0004 -- AAC-CEA  Archéologie

 

En 1992 et 1993, à l'occasion de la construction de la "Maison de l'Ingénieur" de l'université Paris-Sud sur les communes de Gif sur Yvette et d'Orsay (Essonne), l'équipe d'archéologues bénévoles de l'Association Culturelle du Commissariat à l'Énergie Atomique et aux Énergies Alternatives (AAC - CEA, Saclay) a mis au jour un ensemble de vestiges archéologiques inconnus auparavant. Le site se trouve à 23 km au sud-ouest de Paris, en bordure sud du Plateau de Saclay, sur le campus de l'université Paris-Sud. Plusieurs époques d’occupation ont été identifiées (Néolithique, Age du Bronze, Gallo-romaine et Médiévale).

Des fouilles furent entreprises par l’équipe du CEA de 1994 à 1998 sur une parcelle située à l’est de la Maison de l’Ingénieur et laissée en friche depuis plusieurs dizaines d’années. Ces fouilles mirent au jour les vestiges d’un bâtiment gallo-romain édifié au début du IIème siècle après J.-C. puis abandonné à la fin du IIIème siècle. Cette chronologie est basée principalement sur l’étude des objets recueillis, réalisée au Laboratoire d’Archéologie de l’AAC-CEA  : poteries, éléments d’architecture, outillage et parures en os ou en métal, monnaies, objets en verre, éléments de décor notamment des fragments de peintures murales...

L’architecture du bâtiment est typique de cette époque. Construit en matériaux pérennes pour la maçonnerie (essentiellement pierre meulière et grès), équipé d’une toiture en tuiles plates et rondes, il s’agit de la partie résidentielle d’une villa gallo-romaine (pars urbana). Celle-ci comportait des pièces chauffées par le sol (hypocauste). Deux caves implantées aux extrémités nord et sud devaient être surmontées d’un rez-de-chaussée et d’un étage. Ces deux caves se trouvaient chacune dans un pavillon d’angle, relié à une galerie en façade exposée à l’est. Dans la cave nord, un puits central entouré de trous de piquets indique la présence d’un plancher en bois probablement pourvu d’une trappe permettant de puiser l'eau.

L’emprise du bâtiment a une surface de près de 300 m² au sol. Occupée par le maître des lieux et sa famille, cette habitation disposant d'une arrivée d'eau, du chauffage central et assurant un certain confort est néanmoins sans luxe ostentatoire. Avec ce qui l'entoure, elle correspond à un domaine agricole de moyenne importance. Une exploitation agricole gallo-romaine repose sur le fundus, domaine foncier privé, réunissant en principe toutes les terres permettant à la ferme de vivre en autarcie. Au centre du domaine se trouve la villa s'organisant en plusieurs bâtiments utilitaires. Bâtie le plus souvent selon un plan géométrique plus ou moins standardisé, la villa gallo-romaine comprend l'habitation du maître (pars urbana) et les bâtiments nécessaires à l'exploitation agricole (pars rustica). C'est le témoin de l'aisance de la classe dirigeante de l'époque (riche commerçant, haut fonctionnaire...) et de la production d'une architecture de prestige rendus possibles par la pax romana favorisant les activités économiques et l'évolution constante des techniques.

Maquette de la résidense de la villa gallo-romaine (interprétation des vestiges de la dernière phase d’occupation)

Cette villa d'Ile de France n'était pas une simple ferme dépourvue d'apparats. Les parois de certaines pièces étaient ornées de peintures murales. Le confort (eau, chauffage...) et l'esthétisme à la mode romaine était dorénavant à la portée de certains propriétaires ruraux.

Devant la galerie de façade se trouve une cour-jardin. Un muret sépare la partie résidentielle (pars urbana) de la cour principale empierrée. Celle-ci présente quelques vestiges, notamment un mur en gros appareil, une sépulture de jeune enfant, un fossé de palissade, des cuisines extérieures… La fouille de cette cour a également mis au jour des traces d'habitations plus anciennes (première moitié du Ier siècle ap. J.-C.) édifiées en matériaux légers (probablement murs en bois et en pisé et toitures en chaume).

Au-delà, plus à l’est, dans un secteur d’un hectare déboisé en octobre 2013, se trouvait la partie agricole de la villa (pars rustica) où devaient être implantés plusieurs bâtiments d’exploitation : greniers à grain, granges, celliers et caves, écuries et étables mais également ateliers d’artisanat et logements probables des ouvriers… Bien que très partiellement fouillé pendant quelques jours en novembre 2013 (diagnostic archéologique mené par l'Institut National de Recherches Archéologiques et Préventives, INRAP) ce secteur a révélé de nombreuses structures en liaison avec la partie résidentielle de la villa. Deux bâtiments d'environ 130 m² furent identifiés. Il s'agit de granges typiques gallo-romaines. Elles possèdent la même orientation que celle du bâtiment de la partie résidentielle situé à proximité. La poursuite des recherches archéologiques dans ce secteur permettrait d’étudier un sujet rarement traité, faute de temps et de moyens : le secteur agricole d’une villa gallo-romaine.

La villa gallo-romaine de Moulon fut abandonnée vers 270/280 après J.-C. pour des raisons probablement socio-économiques graves. A cette époque en effet, la Gaule romaine a subi de nombreuses invasions, qui finirent par forcer la population vivant sur l'exploitation à rejoindre des lieux plus sécurisés. Au delà de mauvaises récoltes répétées, la désorganisation de la société fut sans doute à l'origine de l'abandon de territoires entiers. La villa ne sera réoccupée qu'au Moyen Age. Du XIème au XIIIème siècle, une communauté va s'installer dans les ruines de la villa afin d'en récupérer les matériaux de construction. Pour construire le fief de Saclay ?

A l'époque gallo-romaine, le Plateau de Saclay est situé sur le territoire des Parisii, dont la limite géographique sud correspond à la vallée de l'Yvette. Au contact des zones frontières des communautés Carnutes (à l'ouest) et Sénons (au sud), l'ensemble est sous la juridiction de la province de Lyonnaise. Les grandes agglomérations les plus proches sont Paris, Chartres et Evreux. Les vicus de moyenne importance aujourd'hui identifiés sont Jouars-Pontchartrain, Etampes et Ablis.
Le territoire d'Orsay fut rattaché au fief de Palaiseau au cours du haut moyen-âge, puis transmis à l'abbaye de Saint Germain des Près (Paris) en 754. Il devint propriété de l'abbaye de Longpont (sur Orge) au XIème siècle puis prieuré de Bénédictins en 1151. Un château fort construit au XIème siècle fut pris par les Anglais en 1424. Pour Orsay (Orceacum), la plus ancienne mention identifiée aujourd'hui daterait de 999.
Pour le territoire de Gif sur Yvette, également propriété de l'abbaye de Saint Germain des Près (Paris) au cours du haut moyen-âge, il fut la propriété d'une abbaye bénédictine dès le XIème siècle.

 

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Dès novembre 1994, la présentation au public des vestiges de la villa gallo-romaine de Moulon a suscité un grand intérêt auprès de la population. Constatant cet attachement pour l'histoire ancienne de la région, qui s'est renforcé au fil des ans, les municipalités de Gif sur Yvette, d'Orsay et l'intercommunalité du Plateau de Saclay (aujourd'hui la CAPS) proposèrent de conserver cette ressource locale. Afin de la rendre accessible au public, un projet de consolidation des fondations du bâtiment et un traitement paysager avec supports d'informations fut établi. Le chantier de fouilles n'a donc pas été rebouché. Or, depuis 1995, date de notre première demande de réhabilitation, rien n'a été concrètement réalisé ! En 2000, on relève toutefois le vote d'une subvention émanant de Gif sur Yvette, d'Orsay et de l'intercommunalité pour la mise en valeur de la villa gallo-romaine, non suivie d'effet à ce jour (voir Communauté d'Agglomération du Plateau de Saclay - CAPS "Territoire et Patrimoine").

Les vestiges continuent malheureusement de se dégrader. Si des consolidations ne sont pas entreprises, ces quelques éléments du Patrimoine archéologique local disparaîtront à jamais.

Dans le cadre d'événements tels que Les Enfants du Patrimoine ou les Journées du Patrimoine nous avons accueilli le public sur le site de la villa gallo-romaine de Moulon "La Mare Champtier". Comme à chaque événement de ce genre sur le terrain, nous rencontrons un grand enthousiasme de la part du public. Des nombreuses questions posées certaines reviennent fréquemment, concernant le devenir de la villa gallo-romaine, le type de restauration proposé et les éventuelles poursuites de recherches archéologiques sur le site. La cour empierrée située devant la partie résidentielle de la villa n'a pas été fouillée dans sa totalité, ainsi que la partie agricole du domaine située plus à l'est.

Plusieurs reportages télévisuels furent réalisés sur le site, notamment en septembre 2005 par la chaîne locale Télessonne.

Le chantier de fouilles en novembre 1997, après remblaiement de sable dans les caves par sécurité :

 

Le site de la villa gallo-romaine de Moulon en mai 2015, vue du sud :

 

Plan de la villa (en bas, limite de la route la séparant de la Maison de l'ingénieur - Polytech Paris-Sud) :

 

La villa se trouve à l'est de la Maison de l'ingénieur (Polytech Paris-Sud) [coordonnées GPS -- Longitude = 2° 10' 27.7" E Latitude = 48° 42' 39.6" N] :

 

Villa gallo-romaine de Moulon, lieu-dit La Mare Champtier, la bien nommée !!!

 

Deux espèces animales qu'il n'est pas rare de retrouver à la belle saison :

Lézard des murailles (Podarsis muralis) (Photo Jean-Pierre Moussus, ENS)

 

Orvet fragile (Anguis fragilis) (Photo Philippe Barré, MNHN)

L'orvet ? Un petit lézard déguisé en serpent inoffensif et possédant des paupières mobiles lui permettant de cligner des yeux !

 

Et quelques variétés d'orchidées, dont Ophrys apifera :

"Une fausse fleur rose, un faux insecte muni de fausses pattes avec de faux poils, de faux yeux et de fausses antennes. On nous dit en plus qu'elle émet un parfum que l'on ne sent pas ; il serait seulement perçu par un bourdon mâle et imiterait, encore une fois, l'odeur de sa femelle.

Tout ce stratagème pour attirer un insecte mâle, lui faire croire qu'une femelle est disponible, profiter d'un faux accouplement pour lui coller sur la tête un ou deux petits sacs contenant le pollen, "les pollinies", qu'il transportera sur une autre fleur d'Ophrys..."

 

 

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