Sep. 2004

Edifice religieux, nécropole et habitats à Villiers le Bâcle

 

Entité Archéologique n° 91 679 0001 AH -- AAC-CEA  Archéologie    

 

Le site de Villiers le Bâcle, au lieu-dit "Les Fonds d'Orsigny" fut mis au jour en avril 1989 par prospections au sol, dans le cadre de la surveillance systématique des secteurs à urbaniser et des travaux d'urbanisme intéressant le Plateau de Saclay. Ce site fut occupé à l'époque gallo-romaine (du II ème au IV ème siècle après J.C) puis au Haut Moyen Age (du VIII ème au IX ème siècle après J.C).

 

Les sondages et la fouille préventive (campagnes 1989 et 1990)

Au printemps 1989, nous étions avisés d'un projet de modification du tracé de la route départementale 36 entre Châteaufort (Yvelines) et Saclay (Essonne). Ce projet était associé à la construction d'un grand carrefour au nord du village de Villiers le Bâcle. Sur une étendue d'environ 5 hectares, les prospections au sol entreprises immédiatement révélaient des traces d'implantation gallo-romaine et du Haut Moyen Age.

 

1. Sur le tracé de la nouvelle route

   a) Une série de vestiges gallo-romains (IIe - IVe s. ap. J.-C.)

Fosses, trous de poteaux, mare de 80 m2 assortie d'un accès empierré bordé de moellons enfoncés verticalement, reste d'un bas-fourneau dont le "cendrier" a livré des scories métalliques, des fragments de parois d'argile vitrifiée et de céramiques du Bas-Empire.

 

     b) Des vestiges du Haut Moyen Age

Ils sont caractérisés par la présence de céramique granuleuse (pots ovoïdes, bols à collerette, ...), de cabanes excavées, un grenier sur pilotis, trous de poteaux, four domestique (diamètre = 1,30 m), foyers,...

 

2. En bordure du tracé routier

    a) L'édifice religieux (associé à la nécropole)

Les vestiges mis au jour occupent une surface d'environ 250 m2 (21 x 12 m). L'entrée est à l'est.

L'examen des différents types de construction et du positionnement de chacun des murs fait apparaître une antériorité de la partie centrale de l'édifice (fin IIIe - début IVe s. ap. J.-C.). Sur cette bâtisse initiale gallo-romaine, plusieurs murs montés moins soigneusement sont venus se greffer au nord et à l'est. Faute de temps, l'intégralité du bâtiment n'a pu être fouillé.

 

      b) La nécropole

Sur une quarantaine d'inhumations repérées, seules 31 ont pu être fouillées complètement. La plupart des sépultures sont concentrées à l'intérieur du bâtiment ; une dizaine d'individus furent enterrés à la périphérie, généralement au contact des murs extérieurs.

L'organisation spatiale des fosses privilégie un alignement OuestNordOuest / EstSudEst. Les tombes, sans cavité céphalique, sont délimitées dans 80% des cas par des encadrements de pierres plus ou moins réguliers ou creusées en pleine terre sans aménagement.

Le petit nombre de chevauchements et de réduction des corps indiquerait qu'ils étaient signalés en surface et que la durée d'utilisation de cette nécropole fut relativement brève.

Les corps étaient placés en décubitus dorsal. Dans 60% des cas, les bras sont pliés, mains posées sur l'abdomen ou le pubis. Certaines compressions des membres suggèrent un ensevelissement dans un linceul cousu (absence d'épingles de fermeture). Des traces de planches posées latéralement apparaissent entre l'inhumé et les pierres d'entourage de la tombe.

Aucun mobilier funéraire, outillage ou arme n'accompagnait les défunts. Une agrafe à double crochet en bronze moulé constitue le seul accessoire vestimentaire exhumé au cours de ces fouilles.

Dans leur ensemble, les squelettes sont dans un mauvais état de conservation. Outre l'estimation de l'âge, la détermination du sexe et l'évaluation de la stature à partir de la longueur fémorale, l'étude anthropologique a porté sur les indicateurs de stress biologiques signalant des maladies infectieuses et des carences nutritionnelles.

L'étude des 31 squelettes a révélé quelques éléments intéressants :

* 62,5 % de sujets masculin.

 

* Une courbe de mortalité montrant une espérance de vie faible, d'environ 25 ans. Il s'agit d'une    population assez défavorisée, mais ne présentant pas de cas pathologique.

 

* Ces individus semblent appartenir au même groupe ethnique.

Evidemment, nous aurions obtenu des statistiques plus précises si les fouilles avaient pu intéresser la totalité de l'édifice et de ses abords. Par extrapolation, il est possible d'estimer le nombre de sépultures de cette nécropole à plus d'une centaine.

 

sép. 017 : sépulture carolingienne VIIIe / IXe siècle

 

Concernant le bâtiment, les éléments mis au jour nous permettent de proposer que nous sommes en présence d'une construction initiale gallo-romaine du Bas-Empire. Ce fut peut-être un petit temple rural dont on a réutilisé les fondations en les complétant pour le transformer en chapelle funéraire, à la fin du VIIe ou au début du VIIIe siècle, phénomène courant à cette époque (Le Maho 1990).

L'abandon des lieux interviendra sans doute vers la fin du IXe siècle, à la suite du regroupement de la population qui délaissera les habitats précaires des périodes précédentes. Elle ira fonder une nouvelle agglomération en bordure du plateau et construire une chapelle plus importante, ancêtre de l'église actuelle de Villiers le Bâcle (Lebeuf 1750).

 

sép. 024 : une des sépultures à coffrage de pierres

 

 

 

3. Conclusion

 

Bien qu'il s'agisse de fouilles préventives d'une étendue forcément limitée, nous disposons d'un aperçu intéressant du monde rural antique.

 

Afin de faciliter la reprise des investigations sur le terrain, les vestiges du bâtiment religieux et les sépultures repérées mais non fouillées ont été soigneusement rebouchés. Le secteur remis en culture au début de l'année 1991 se trouve toujours menacé par un éventuel projet de construction dans le Schéma Directeur d'Aménagement et d'Urbanisme du Plateau de Saclay. Une opportunité de reprise des recherches sur le terrain pourrait donc se présenter au cours des années à venir, notamment à l'emplacement présumé des habitats carolingiens.

 

 

 

4. Bibliographie

 

Chroniques... 1991

"Chronique d'archéologie médiévale : Villiers le Bâcle (Essonne)"

Revue Archéologie médiévale, XXXI, 1991.

GIGANON  Daniel   1991

"Les fouilles de Villiers le bâcle (Essonne) : site gallo -romain et du haut Moyen-Age"

Archéologie en Essonne, Actes de la journée archéologique de Grigny, 1991, organisée par le GÉRAME, 1993, pages 46 à 50.

 

GIGANON  Daniel   1993

"Edifice religieux, nécropole et habitats du VI ème au IX ème siècle à Villiers le bâcle (Essonne)"

L'habitat rural du haut Moyen-Age, Actes des XIV èmes Journées Internationales d'Archéologie Mérovingienne (AFAM), Guiry en Vexin, février 1993, Tome VI des Mémoires de l'AFAM, 1995, pages103 à 108.

 

HEITZ Carol   1987

"La France pré-romane : archéologie et architecture religieuse du haut Moyen Age"

Paris, Éditions Errance.

 

LE MAHO Jacques   1990

"La réutilisation des édifices antiques"

Dossiers de l'archéologie, janvier 1990, n°144, pages 26-27.

 

 

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