Site du parc de l'ancien château de Limours
Pendant cinq semaines en septembre et octobre 2000, l'équipe de l'AAC-CEA a procédé à une opération de fouille d'urgence (décision Préfectorale n° 2000-245 du 25/09/2000) dans le parc de l'ancien château de Limours (Essonne). Ce château que fit bâtir Anne de Pisseleu, duchesse d'Étampes, favorite de François Ier, fut construit de 1530 à 1545. Une construction de style Renaissance fut érigée sur les restes d'un manoir médiéval, tout en épargnant les deux tours cylindriques encadrant le corps d'entrée (orienté à l'ouest).
Plusieurs propriétaires illustres possédèrent ce château, notamment Diane de Poitiers, Richelieu puis Gaston d'Orléans, frère de Louis XIII. Après la révolution de 1789, le domaine est déclaré bien national en 1792 suite à l'immigration de la propriétaire, la comtesse de Brionne. Après la vente par adjudication du château et de son parc en juillet 1796, Bernard Gournay, journaliste, auteur de théâtre, mais également marchand de biens et revendeur de matériaux devint le nouveau propriétaire. Il s'empressa de le dépouiller de tous les éléments pouvant se commercialiser (marbres, boiseries...). La démolition du château est bien avancé en 1797. En 1809, le cadastre napoléonien matérialise l'emplacement du château par des ruines. Effectivement tombé totalement en ruine, le château fut acheté par des spéculateurs qui vendirent les derniers matériaux de construction encore sur place. L'ensemble fut complètement rasé vers 1835. Très peu de vestiges sont aujourd'hui visibles, notamment une partie des écuries et le petit bâtiment dit Pavillon Mansart situé au nord-ouest.
Ces fouilles archéologiques, motivées par la chute d'un arbre du parc suite à la tempête de décembre 1999, ont fait apparaître les fondations bien appareillées d'un bâtiment inconnu auparavant (fondations sous 1,5 m de terre). Il ne figure sur aucun plan connu, même les plus anciens, qui remontent au début du XVIIe siècle.
(L'étoile bleue désigne l'emplacement du chantier de fouilles)
Nos travaux ont permis de dégager deux murs de 75 cm de large, formant un angle
droit (nord-sud/est-ouest), conservés sur 1,30 m de profondeur et sur une longueur proche de 4 m.
Ils sont constitués de gros moellons de meulière et de grès liés par un solide
mortier jaune. Au nord, le mur se prolonge par un important bloc de grès taillé, constituant
probablement la base d'un contrefort. Ces
fondations semblent se retrouver bien au-delà des limites de
l'excavation. A 8 m plus à
l'ouest, un petit sondage effectué dans le prolongement du mur a mis au jour des structures similaires,
fort probablement en liaison. Sous une stratification identique, on remarque notamment à environ 80 cm
de profondeur, un couche compacte de mortier blanc et de cailloux. Cet aménagement pourrait correspondre
au soutènement de l'avant-cour du château.
Le mur est-ouest aurait donc, au
minimum, une longueur d'une douzaine de mètres.
En bordure sud du chantier de fouilles, la présence de la chaussée moderne (avenue du Parc) a empéché la poursuite des investigations de terrain.
Depuis le XVIIe siècle, il existe plusieurs textes et plans anciens décrivant le château de
Limours (entièrement détruit au XIXe siècle), ses dépendances et ses jardins. Leur étude
montre que les vestiges dégagés se situent vers le centre de l'avant-cour du château construite par
François Mansart vers 1645. Ce fut une vaste esplanade délimitée par quatre grands pavillons d'angle et
deux autres, plus petits, encadrant l'entrée.
Or, à cet endroit, aucune construction ne figure sur les plans consultés.
De nombreux éléments architecturaux ont été recueillis autour de cette
solide construction (balustres en pierre calcaire, canalisations d'évacuation des eaux
en terre cuite vernissée, tuiles à crochet, dalles de sol...). En l'absence de textes évoquant
ce bâtiment, seuls les fragments de poteries permettent d'apporter une datation. Ils relèvent
principalement de la deuxième moitié du XVe et du début du XVIe siècle.
Ils correspondent à de gros récipients culinaires ou de stockage. D'origine locale, ces poteries présentent souvent
des traces de glaçure verte lisse ou granuleuse. Quelques fragments de poteries en grès "normand" ont
également été mis au jour. On peut supposer que la structure mise au jour est contemporaine de la
première phase de construction du château, avant sa transformation réalisé de 1539 à 1545.
Les tessons de céramique les plus anciens
recueillis sur le site, notamment dans une couche noirâtre à 1,50 m de profondeur, sont attribuables au
début du Moyen-Âge
(IXe au XIIe siècle). Ils
proviendraient de la première demeure seigneuriale attestée à Limours.
Concernant les balustres mis au jour (petits piliers supportant une balustrade), leur datation exacte n'a pas encore été établie. Ces éléments tournés en calcaire lutétien (traces de foraminifères typiques du Bassin Parisien) présentent une forme originale pour la base (piédouche). Forme que l'on ne rencontre pas dans l'architecture du sud et de l'ouest de l'Ile de France.
Cette trop courte période d'autorisation de fouilles ne nous a permis de mettre au jour que seulement 21 m2. Ce chantier de fouilles, bien accueilli par les habitants de Limours et ses environs est maintenant rebouché. Afin d'apporter des précisions sur la fonction et la datation de cet ouvrage énigmatique, il sera nécessaire d'examiner aux alentours les prochains creusements ou bouleversements du sous-sol.
Bibliographie
"François Mansart : Le château de Limours, avant-cour et jardins 1638-1645-1651"
Editons Gallimard, p. 134/143 et 169/170, 1998
"L'archéologie du paysage du XVIIe siècle : la topographie française de Claude Chastillon. La région parisienne"
Rapport de recherche 220/84, ministère de l'Urbanisme et du Logement, secrétariat de la recherche architecturale, 1984
"Un ouvrage de Mansart à Limours"
Bulletin de la Société de l'histoire de l'art français, 1961
"Recherches archéologiques à Limours (Essonne)"
Bulletin de la Société Historique et Archéologique de Corbeil, de l'Essonne et du Hurepoix (SHACEH), n° 70, 106e année (2000), publié en 2001
"Limours en Hurepoix, histoire du château de Limours"
Mémoires en images, 126 p., Editions Alan Sutton, 1998