Diagnostic archéologique :
Palaiseau, quartier Camille Claudel
Un habitat rural gaulois atypique, à Palaiseau
Diagnostic archéologique mené par l'INRAP (Institut National de Recherches Archéologiques Préventives), à Palaiseau, quartier ouest Camille Claudel, Les Grands Bilhaus, 2014
Fouille préventive menée par l'INRAP du 29/10/2014 au 30/01/2015
Le projet d'aménagement du quartier du lycée Camille Claudel portant sur une superficie
d'une quinzaine d'hectares au nord-est de l'École Polytechnique a entraîné la découverte d'un habitat
rural qui couvre la seconde moitié du second âge du Fer. La géomorphologie de ce versant du plateau de
Saclay, situé à la limite des limons de plateau et des argiles à meulières, est marquée par d'importants
phénomènes de colluvionnement, liés à l'érosion des sols, au sein desquels quelques éléments de la
période néolithique ont pu être collectés.
Menée par l'Inrap sur 1,8 ha, la fouille a permis de mettre en évidence différents modules
de constructions sur poteaux, qui prennent place dans un ensemble de fossés orientés suivant le pendage
naturel du terrain. Ce mode d'occupation et de mise en valeur de l'espace rural diffère des formes
d'habitat, généralement délimitées par des enclos, qui ont été reconnues jusqu'ici sur le secteur. Deux
carrières d'extraction gallo-romaines, les traces d’un réseau viaire de la période moderne et des
vestiges des fortifications de Paris édifiées et remaniées entre 1870 et 1914 ont également été
identifiés.
Un habitat au milieu d'un terroir structuré dès La Tène moyenne
L’habitat rural des Grands Bilhaus se caractérise par une série de fossés parallèles, régulièrement
espacés d’une cinquantaine de mètres, dont les profils à fond plat au sud se creusent progressivement
pour prendre la forme d’un V, large de 1 à 4 m et conservé jusqu’à 1,40 m de profondeur au nord de
l’emprise.
Seul un fossé transversal de faible puissance souligne la rupture de pente entre le plateau et le
versant et délimite en amont l’espace à l’intérieur duquel sont implantés une dizaine de bâtiments
édifiés sur 4 à plus de 12 poteaux, aux parois faites de torchis, qui reflètent des fonctions diverses :
unité domestique, grange, remise, grenier…
Les objets de la vie quotidienne et les traces d’activité des populations de l’âge du Fer qui ont vécu
dans ces constructions ont été rejetés dans les fosses adjacentes, les fossés périphériques ou encore
les trous de poteaux eux-mêmes : certains remplissages, riches en céramique et en torchis brûlé
témoignent d’une destruction par le feu.
Parmi le mobilier découvert, la coexistence de sept meules, à la fois va-et-vient et rotatives,
témoignent de la vocation agricole de cet habitat dès la période de mutation que constitue la seconde
moitié du IIIe siècle avant notre ère.
Une activité d'extraction du début de l'époque romaine ?
Deux structures d’une longueur supérieure à 50 m de long qui couvrent une superficie de 1 000 à 2 000 m2
ont été découvertes aux extrémités nord-ouest et sud-est de la fouille. Les sondages transversaux
pratiqués dans leur comblement ont permis de mettre en évidence deux méthodes d’extraction de matériaux
qui, en l’état actuel du traitement des données, ont été mises en œuvre à la période gallo-romaine.
La première carrière, au nord-ouest, prend la forme de deux creusements continus à fond plat très
régulier et aux bords verticaux : aucun accès aménagé n’a pu être reconnu lors de la fouille. Ses
niveaux de comblement, disposés en couches horizontales, n’ont livré qu’une quantité réduite
d’artefacts, ce qui indique qu’elle est restée ouverte sur une période de temps assez longue et s’est
peu à peu remplie naturellement.
À l’inverse, la seconde a connu une histoire beaucoup plus complexe. À son origine se trouve sans doute
le creusement d’un puits découvert au centre de la carrière. Plusieurs lobes d’extraction périphériques
se développent ensuite, en se juxtaposant ou se recoupant. Certains d’entre eux, abandonnés, sont
comblés volontairement par les déblais des creusements postérieurs ou utilisés en dépotoirs : le lobe
situé à son extrémité sud a livré des quantités importantes de tessons de céramique du début de la
période gallo-romaine.
Conclusion
La découverte de ce type d'habitat témoigne de la diversité des modes d’organisation et de mise en
valeur de l’espace rural à la période gauloise. Sa présence en périphérie des installations
agro-pastorales contemporaines qui structurent l'occupation du plateau de Saclay pose la question des
relations fonctionnelles mais aussi hiérarchiques entre ces entités.
La fouille de ce site fournit ainsi des données nouvelles qui complètent et interrogent notre vision de
l’habitat rural de la fin de l’âge du Fer.
- Nom de l'opération : Les Grands Bilhaus - Quartier ouest Camille Claudel
- Cause de l'opération : Construction d'immeubles d'habitation
- Aménageur : Scientipôle Aménagement
- Suivi scientifique : Christian Piozzoli, Service Régional de l’Archéologie, Drac Île-de-France
- Responsable d'opération : Benoit Dupéré, Inrap Centre - Île de France -- Stéphane Harlé, resp. de secteur INRAP
- Code opération : F 102535
Sources documentaires : INRAP www.inrap.fr